Comment communiquer pour exercer une coparentalité satisfaisante?

Un couple avec des problèmes de communication

Comment communiquer pour exercer une coparentalité satisfaisante?

Le partage d’informations concernant l’enfant est essentiel à l’exercice d’une coparentalité  satisfaisante1. Instaurer une communication de type asynchrone de manière limitée entre des parents qui exercent une coparentalité conflictuelle permet de réduire le niveau d’interaction,  diminuer le niveau de conflit parental et en ce faisant, faciliter la transformation d’une coparentalité  conflictuelle en coparentalité satisfaisante.

Une communication asynchrone est lorsqu’une personne envoie un message sans attendre une réponse immédiate (textos, courriel, lettre etc.) tandis qu’une communication synchrone est lorsqu’une personne envoie un message auquel le destinataire répond immédiatement (conversation face à face, téléphone, skype etc.). La communication asynchrone est bénéfique pour diminuer le niveau de conflit parental car elle permet aux parents de répondre lorsqu’ils se sentent calme et de réfléchir avant d’envoyer un message inadéquat. Les recherches récentes de Bruce M. Smith et al. (2020) établissent que la majorité des parents qui exercent une coparentalité conflictuelle ont tendance à limiter la communication à moins de deux modes de communication ce qui minimise l’interaction parentale2. Cependant, cette même recherche précise que plusieurs parents qui sont en conflits sévères vont mélanger les modes de communications asynchrones et synchrones afin de pouvoir exercer leur rôle parental avec efficacité. L’affaire Droit de la famille173029 est un bon exemple de ce mélange, le juge ayant ordonné aux parents de communiquer dans un cahier de vie qui suit l’enfant mais a également permis les communications par téléphone en cas d’urgence seulement3.

Le psychologue Peter J. Favaro soutient que dès lors que la communication entre parents face à face n’est pas possible sans conflit, d’autres méthodes de communication indirecte comme les écrits sont à privilégier afin de limiter la communication à ce qui est essentiel et à ce qui concerne l’enfant4. Lorsque les parents  exercent une coparentalité conflictuelle, les tribunaux ont tendance à mettre en place des systèmes  de communication indirects (cahier de communication, journal de bord, Messenger,  communications par une personne tierce, textos, courriel, cahier de vie etc..).5 Avec l’ère des  nouvelles technologies, il existe également plusieurs applications mobiles (Our Family Wizard,  Talking Parents, 2 Houses etc.) qui permettent notamment aux parents de garder toutes les  informations concernant les enfants à un endroit, calculer le partage des dépenses  automatiquement, empêcher l’envoi des communications avec un langage hostile et bien plus  encore6.

En dernier lieu, il est important de souligner que la quantité d’informations qui va devoir  être partagée entre les parents aura tendance à augmenter pour des enfants qui sont très jeunes car  ces derniers vivent beaucoup plus de changements7. Par exemple, si l’enfant est un bébé, les  parents devront communiquer plus fréquemment sur les décisions à prendre concernant les rendez vous médicaux, la nourriture particulière à acheter, les soins, les couches, l’achat de vêtements,  etc..

Ce qu’il faut retenir est que les plans parentaux qui contiennent des dispositions qui privilégient la communication asynchrone limitée facilite la transformation d’une coparentalité conflictuelle en coparentalité satisfaisante mais que des dispositions qui permettent des  communications synchrones lorsqu’il y a urgence sont nécessaires afin que l’exercice de la coparentalité soit efficace.

  1. Peter J. FAVARO, Smart Parenting during and After Divorce, McGraw-Hill Professional Publishing, 2008, p. 120-130, en ligne:  <https://ebookcentral.proquest.com/lib/usherbrookemgh-ebooks/reader.action?docID=4657346 > (consulté le 29 septembre 2020)
  2. Bruce M. SMYTH, Giverney AINSCOUGH et Jason L. PAYNE, « Modes of Communication between High-Conflict Separated Parents: Exploring  the Role of Media Multiplexity and Modality Switching», (2020) 20 (3) Journal of Family Communication, p.189-205, en ligne:  <https://doi.org/10.1080/15267431.2020.1754826 > (consulté le 29 septembre 2020)
  3. Droit de la famille — 173029, 2017 QCCS 5888, en ligne : <http://canlii.ca/t/hpkrl> (consulté le 30 septembre 2020)
  4. P. J. FAVARO, préc., note 148, p. 120-130
  5. Droit de la famille – 07564, 2007 QCCS 1120, en ligne : <http://canlii.ca/t/1qwhk>; Droit de la famille — 14177, 2014 QCCS 413, en ligne :  <http://canlii.ca/t/g34b1>, Droit de la famille — 192394, 2019 QCCS 5006, en ligne : <http://canlii.ca/t/j3mrn>; Droit de la famille — 1010, 2010  QCCS 23, en ligne : <http://canlii.ca/t/27d9v>; Droit de la famille — 161184, 2016 QCCS 2324, en ligne : <http://canlii.ca/t/grsll>; Droit de la  famille — 143418, 2014 QCCS 6588, en ligne : <http://canlii.ca/t/gg8d1>; Droit de la famille — 1758, 2017 QCCS 121, en ligne : < http://canlii.ca/t/gx1c7>; Droit de la famille — 173029, 2017 QCCS 5888, en ligne : < http://canlii.ca/t/hpkrl>; Droit de la famille — 151587, 2015  QCCS 3004, en ligne : <http://canlii.ca/t/gjvrr> (Tous consultés le 15 octobre 2020)
  6. Deborah CHAPPEL, Orders Referring to Social Media: The Positives and the Pitfalls, 2019, County of Carleton Law Association, en ligne: < http://www.canlii.org/t/sqhp > (consulté le 12 octobre 2020)